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"Voici que je fais toute chose nouvelle" / Au fil de la retraite

Comme les saintes femmes, comme Pierre et Jean, nous avons couru jusqu’au tombeau, et notre course a duré plus de quarante jours. Avec la Résurrection que nous célébrons aujourd’hui, cette longue course prend fin. Ce n’est pas une parenthèse qui se referme, mais un aboutissement : pendant quarante jours, nous avons préparé notre cœur, nous avons cherché à revenir à Dieu de tout notre être, nous avons cherché à nous détacher de ce qui ne nous fait pas vivre ; il est temps maintenant de vivre à l’image du Ressuscité, remodelés par lui, recréés par lui.

Bien sûr, nous ne sommes peut-être pas allés aussi loin que nous le voulions. Nous n’avons pas toujours tenu le rythme de cette course effrénée. N’importe : le Christ est là, ressuscité, qui nous attend à l’arrivée. Et d’ailleurs, si nous sommes attentifs, nous nous apercevrons qu’il était avec nous tout au long de la route.

« Si deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » : en repensant à tout ce que nous avons vécu sur ce blog, je ne peux que rendre grâce à Dieu de cette présence de Jésus parmi nous. Nous avons eu des échanges enflammés, de vrais débats, des partages profonds où beaucoup se sont dévoilés, des moments de découragement, des incompréhensions, des réconciliations, une prière les uns pour les autres… Une vraie vie de communauté ! Certains ont beaucoup discuté, d’autres ont suivi cela discrètement… Et tout au long de ce chemin, comme avec les disciples d’Emmaüs, Jésus était avec nous.

La Retraite dans la ville étant terminée, le blog va bientôt fermer. Pour laisser à chacun le temps des derniers échanges, je rendrai inactifs les commentaires mercredi dans la soirée.

Après ce que nous avons vécu ensemble, je n’écris pas cela sans émotion. Ces échanges ne m’ont pas laissé indemne, mais ont contribué à mon chemin de carême, ont nourri ma prière, ont stimulé ma réflexion. Nous avons appris à nous connaître. Nous avons appris, concrètement, à former le Peuple de Dieu.

Je ne pars pas sans vous encourager fortement à remplir, si vous le pouvez, le sondage dont le fr. Marc-Antoine, dans le dernier mail, vous a envoyé le lien. Cela nous sera très utile pour préparer la retraite de l’an prochain au mieux, pour qu’elle aide chacun à tourner son cœur vers celui qui est la Résurrection et la Vie.

Ma prière accompagne chacun d’entre vous en ce jour de Pâques.

PS : si vous ne trouvez plus le lien par mail pour le sondage, vous pouvez le remplir par .

| dimanche 23 mars 2008 (08:53) | fr. Adrien | 28 commentaires | aucun trackback|

Il est vraiment ressuscité ! / Au fil de la retraite

Après la vigile, après le chocolat chaud pris avec les fidèles, après la vaisselle, après un brin de causette avec les quelques frères qui s'attardaient, me voilà pour partager avec vous tous cette grande joie : Christ est ressuscité!

Votre pensée a accompagné ma prière pendant ces jours saints. Belle nuit à chacun d'entre vous, cette nuit qui "devient lumière autour de moi". Que la résurrection de notre Seigneur soit toujours votre jubilation.

| dimanche 23 mars 2008 (02:01) | fr. Adrien | 8 commentaires | aucun trackback|

Si le grain de blé / Au fil de la retraite

On ne se refait pas : le fr. Philippe est un bibliste. Et c’est vers la Bible qu’il nous tourne ce matin pour nourrir ce temps de silence du samedi saint, avec Rachel, la belle Rachel. Pour les Pères de l’Eglise, Rachel, tant aimée mais longtemps stérile, est l’image de la contemplation, quand sa sœur, Léa la féconde, est l’image de l’activité apostolique. Le samedi saint n’est pas un temps pour l’action. Quand le grain de blé est tombé en terre, il n’y a plus rien à faire qu’attendre, et regarder. Patience, il ne reste plus que quelques heures pour que s’accomplisse cette germination.

| samedi 22 mars 2008 (09:54) | fr. Adrien | 18 commentaires | aucun trackback|

Comment! / Au fil de la retraite

L’office qui nous accompagne aujourd’hui n’est pas habituel : il est propre aux trois « jours saints » (jeudi, vendredi, samedi). C’est ce qu’on appelle l’office des ténèbres. Dans notre église trône ces trois jours un vaste chandelier, dont tous les cierges sont allumés ; à la fin de chaque psaume, un cierge est éteint. Au terme de l’office, tout est éteint : d’où ce nom de « ténèbres ».

Cet office commence par le chant des Lamentations, ces complaintes écrites après la destruction du Temple de Jérusalem et la déportation des Juifs à Babylone (en 587 avant J.-C.). En hébreu, le titre de ce livre biblique est son premier mot, "Comment!" (qu'on traduit parfois aussi "hélas!"). Ce sont des chants de douleur, pour dire l'incompréhensible de la souffrance. On se lamente, mais on se lamente auprès de Dieu, toujours en sa présence, même si on ne comprend pas...

Dans la liturgie juive, depuis des siècles, on les lit au jour anniversaire de la destruction du Temple ; détail étonnant, c’est le même jour les Romains détruisirent à nouveau le Temple rebâti (en 70 après J.-C), et le même jour on lisait ces Lamentations... Pour nous chrétiens, ces chants de désolation rappellent la destruction du Temple véritable, le corps de Jésus lui-même. L'incompréhensible par excellence. Ils nous accompagneront jusqu’à Pâques, jusqu'à la joie du Ressuscité.

Je ne reviens pas sur ce que le fr. Philippe a déjà écrit, ce matin, sur le lavement des pieds, sinon pour souhaiter à tous un très beau jeudi saint.

| jeudi 20 mars 2008 (10:12) | fr. Adrien | 41 commentaires | aucun trackback|

Dernière ligne droite / Au fil de la retraite

Chaque année, c'est pareil : quand arrive la Semaine sainte, j'ai l'impression que mon coeur bat plus vite. Que le tempo s'acélère. Que le grand moment arrive. C'est à peine si je jette un regard vers ce carême qui s'achève et où, comme d'habitude, je n'ai pas fait tout ce que j'aurais voulu : non, l'essentiel arrive, et la pression monte.

Les évangiles que la messe nous propose cette semaine m'aident beaucoup à entrer dans cette attente, joyeuse et anxieuse, de la nuit de Pâques, et je suis heureux que le fr. Philippe ait choisi de s'appuyer sur eux pour ses méditations matinales.

La méditation d'aujourd'hui nous fait entrer au coeur de la vulnérabilité de Jésus, de la faiblesse de son humanité. L'amitié réelle rend possible la trahison, et nous savons combien l'amour offert et brutalement rejeté fait mal, blesse et bien souvent empêche (c'est le plus grave) de retrouver de véritables relations de confiance avec les autres. Je ne suis pas surpris que la Bible emploie souvent l'amitié trahie comme l'image du péché à l'état pur : c'est le refus gratuit de l'amour. Sans cette expérience, l'humanité de Jésus n'aurait peut-être pas été complète; et je suppose que la douleur de cette trahison n'est pas la moindre des souffrances du Christ dans sa Passion.

| mardi 18 mars 2008 (08:36) | fr. Adrien | 46 commentaires | aucun trackback|

Le silence intérieur / Au fil de la retraite

« Qu’est-ce que faire silence en soi ? Je ne sais pas… » Cette question de Jo, suite au précédent billet, me trotte dans la tête depuis vingt-quatre heures. Plusieurs d’entre vous ont répondu, qui plus spirituellement, qui plus pratiquement. Un peu tard, j’ajoute mon grain de sel.

Pour que Dieu puisse parler, il faut se taire. Vous avez raison de le rappeler, Jo. Bien sûr, il n’est pas interdit de lui parler, au contraire ! Mais il y a un temps pour tout ; et sans un temps pour écouter, le dialogue risque vite de tourner au monologue. Mais, comme dans un dialogue, on ne craint rien tant qu’un silence gêné : alors on meuble. Et comme, avec Dieu, le risque du silence complet paraît encore plus grand qu’avec la voisine dans l’ascenseur, on meuble parfois frénétiquement. Dans la prière, le saut vers le silence angoisse (moi le premier), et c’est normal ; mais il faut faire le saut, car c’est justement le saut de la foi : je crois que, si je laisse à Dieu un espace, il le saisira ; que si je l’écoute, il me parlera ; et d’ailleurs que, même quand je ne l’écoute pas, il ne cesse de me parler, et qu’il ne tient qu’à moi de tendre l’oreille.

Mais c’est là que tout se complique. « Il suffit de se taire pour que les pensées nous assaillent », témoigne justement Edith : toutes sortes de distractions intérieures, depuis la bribe de souvenir jusqu’au menu du dîner à préparer, viennent montrer que notre silence extérieur ressemble, à l’intérieur, à un joyeux tintamarre. Beaucoup le découvrent avec surprise quand, pour la première fois, ils cherchent une forme de silence intérieur.

Pour parvenir à calmer toute cette agitation, j’indique quelques pistes simples – qui ne résoudront hélas pas tout. D’abord, quel que soit le temps qu’on veuille offrir à cette prière silencieuse, être au clair : ce temps est pour Dieu, et c’est tout. Quand les choses à faire, les oublis urgents à réparer par exemple, se présenteront, il faudra les inviter tranquillement à revenir plus tard. Trouver une position sans tension (pourquoi pas bien assis sur une chaise, après tout?) est important. Puis dire quelque chose à Dieu, une phrase qui lui indique notre disponibilité, aide à commencer. On disait autrefois : « se mettre en présence de Dieu. »

Mais malgré tout, l’esprit vagabonde. La pensée que Dieu est présent ne suffit pas à l’en empêcher. On peut alors fixer son attention par quelque chose : un verset de la Bible, ou mieux encore un simple mot, un nom de Dieu (« Jésus », « Seigneur », que sais-je ?), que l’on répètera au rythme de la respiration. Un mot, toujours le même, auquel on donnera d’exprimer sa présence à Dieu. Cela n’empêchera sans doute pas les distractions de revenir ; mais, quand on s’en est aperçu, inutile de s’attarder sur ces distractions, de chercher d’où elles viennent, d’en demander pardon à Dieu… car c’est encore de la distraction ! Il ne faut que revenir doucement à son point d'attention, sans plus se soucier de sa distraction, pour retrouver sans peine le silence intérieur que l’on recherche.

Ce billet est, pour le sujet, trop long ou trop bref ; et surtout, je vois bien qu’il est assez personnel. Il ne prétend pas indiquer le seul chemin pour parvenir au silence intérieur ! C’est, très résumé, celui que j’essaie d’emprunter, mais il en est bien d’autres… Heureusement !

| vendredi 14 mars 2008 (22:18) | fr. Adrien | 50 commentaires | aucun trackback|

Parler de Dieu / Au fil de la retraite

Pas de panique ! Un internaute dit dans un commentaire, sans plus de précision, qu’il est dépassé et s’en va, et notre blog s’emballe… C’est pourtant tout à fait normal. La communauté qui se forme sur un blog ressemble un peu à l’auberge espagnole du proverbe : on y mange surtout ce que les uns et les autres y apportent. L’important est que chacun soit libre d’apporter ce qu’il souhaite, y compris si ce sont des critiques ! Alors n’hésitez pas à vous approprier davantage ce lieu si vous le souhaitez : pour faire un clin d’œil à un billet récent, j’en suis le gérant, non le propriétaire…

Je veux toutefois rebondir sur deux points :

D’abord, même si plusieurs d’entre vous semblent – comme moi ! – s’y habituer et y trouver un soutien à la prière, l’office que nous vous proposons cette semaine continue à dérouter. J’attire votre attention sur les explications proposées par le fr. Franck, du centre Istina, dans le commentaire 50 du précédent billet. Elles répondront à la curiosité de ceux qui, un peu perdus, souhaitent mieux comprendre ce qui se passe… Mais ce n’est pas obligatoire : on peut aussi se laisser porter. J’avoue que c’est plutôt mon cas.

Plus largement, les derniers échanges me paraissent riches sur un point autour duquel nous tournons depuis longtemps : comment parler de Dieu ? Ce n’est pas facile, ni sur un blog ni ailleurs. Il y a quelques semaines, beaucoup avaient témoigné de la difficulté de faire entendre, dans l’espace public, son témoignage de croyant. Nous avons certainement intériorisé cette réserve que notre environnement nous impose, et du coup nous ne sommes pas habitués…

Mais la difficulté vient d’abord de Dieu lui-même ! Il est tellement…si… bref, c’est un peu intimidant. On se dit que d’autres sont sans doute mieux armés pour exprimer ce petit quelque chose que nous avons cru comprendre, pour raconter ce que nous avons cru expérimenter de sa présence… Pour tout vous dire, même en faisant des études de théologie et en ayant choisi de me consacrer à dire Dieu, je ne trouve pas cela plus facile pour autant. Pour parler de Dieu, il n’y a pas de « professionnels » ; il y a des bonnes volontés qui s’acharnent à transmettre peu à peu, de moins en moins mal, ce qu’ils ont cru percevoir. J’y repensai ce matin, en lisant la méditation quotidienne. « Dieu, nul ne l’a jamais vu ». Nous le savons bien. Et pourtant, nous ne renonçons pas à ce désir de le voir face-à-face.

Une dernière chose : depuis le début de la retraite, je suis régulièrement bluffé par la qualité de nos échanges. Merci à tous.

| mercredi 12 mars 2008 (21:54) | fr. Adrien | 34 commentaires | aucun trackback|

Qu'ils soient un / Au fil de la retraite

Dans une précédente discussion sur le Peuple de Dieu, nous nous étions interrogés sur ses limites : l’humanité ? les chrétiens ? les catholiques romains ? C’est dans cette perspective que l’équipe de la Retraite a souhaité dépasser les frontières visibles de notre Eglise pour inviter le centre œcuménique Istina à animer cette semaine de notre Retraite.

Cela se traduit, ce dimanche, par une prédication du fr. Hyacinthe, qui nous fait entrer spirituellement dans un chemin d’unité chrétienne. Mais le plus nouveau, à mon sens, c’est la prière commune que nous vous proposons avec les séminaristes orthodoxes du collège Saint-Basile, ce lieu de formation proposé par Istina à Paris.

Incontestablement, cela dérange nos habitudes. Il y a du français mais aussi du slavon, et même si nous en glissons la traduction, cela reste plus difficile à suivre qu’un bon vieil office comme nous en avons l’habitude. La structure n’est pas facile à comprendre, et on voit apparaître tout un tas de mots incompréhensibles (apostiches, stychères…). Mais justement, se laisser déranger pour essayer de prier ensemble, c’est un premier acte concret vers l’unité. Et en récompense, une fois le dépaysement accepté, on peut profiter de la grande beauté de la liturgie orthodoxe.

| dimanche 09 mars 2008 (12:06) | fr. Adrien | 54 commentaires | aucun trackback|

Qu'as-tu que tu n'aies reçu? / La ville dans la retraite...

Parmi les grands piliers du carême, nous avions sur ce blog déjà longuement évoqué la prière : c’est normal pour une retraite (même « dans la ville »), et je pense que nous n’avons pas encore épuisé le sujet. Je me réjouis de voir apparaître dans les discussions un autre pilier, le partage. A lire les échanges, je perçois (et d’ailleurs, bien souvent, je partage ces sentiments) un peu de malaise de ne pas assez en faire, des doutes sur l’efficacité des actions individuelles que nous faisons, un peu de vertige devant l’énormité des inégalités dans notre monde et beaucoup d’impuissance sur les moyens de s’y attaquer.

Aussi démuni que vous, je n’entends pas apporter des réponses et moins encore des moyens d’apaiser les consciences ; je me contenterai de rappeler une exigence de plus, difficile elle aussi…

L’Eglise nous enseigne que les biens sont communs par destination : une formule qui signifie que, si je suis effectivement propriétaire de mes biens, ce n’est pas pour autant pour moi que je les possède ; ils me sont confiés pour servir à tous, et j’en suis, pour le compte de la communauté humaine, le gérant. Ce carême peut-être l’occasion de nous interroger sur notre rapport à ce que nous possédons : est-ce que je considère que, puisque c’est à moi, j’en fais ce que je veux, ou est-ce que je prends en compte, par exemple avant une grosse dépense, cette « destination commune » des biens ? Y penser davantage peut aussi nous aider à ne pas tirer orgueil de certaines bonnes actions : ce don que je fais, est-ce vraiment un don ? n’est-ce pas plutôt un dû ?

| vendredi 07 mars 2008 (10:37) | fr. Adrien | 23 commentaires | aucun trackback|

Ouvrir les mains / Au fil de la retraite

Très vite, je relève deux choses me touchent particulièrement dans la prédication de ce dimanche.

D'une part, le service de l'autre est un chemin de bonheur, et même le chemin du bonheur. Trop souvent, on a pu présenter le don de soi comme un don pour souffrir, pour disparaître dans le service, comme si Dieu pouvait nous souhaiter malheureux. Certes, il faut savoir sortir de son confort, abandonner sa tranquillité, mais précisément - nous rappelle le fr. Thierry-Marie - sans cet effort-là il n'y a aucun bonheur. Des plaisirs éphémères, peut-être, mais pas de vrai bonheur sans service.

D'autre part, ce bonheur n'est pas une satisfaction égoïste du seul plaisir de donner : quel orgueil on peut parfois mettre dans un service ! Et le test de notre service, nous dit Thierry-Marie, c'est notre capacité à recevoir en même temps que nous essayons de donner : recevoir l'amour de Dieu, sans lequel nous sommes incapables d'agir. Recevoir, les mains ouvertes, les mains vides.

| dimanche 02 mars 2008 (15:09) | fr. Adrien | 35 commentaires | aucun trackback|

La retraite pour les enfants / Découvrir le site

Dans la rubrique "testé pour vous", je suis allé faire un tour (il était temps!) sur les pages du site de la Retraite destinées aux enfants : si ça vous avait échappé, c'est .

Et pour vous les présenter, j'ai décidé d'interviewer le responsable de ces pages, le fr. Antoine, qui est aussi Père maître des frères étudiants (donc mon responsable dans l'Ordre... Il faut être gentil avec lui). Merci au fr. Per Erik pour la réalisation technique. Une dernière chose : j'assume tout à fait le côté "gadget technique" de ce fichier audio...

| vendredi 29 février 2008 (15:33) | fr. Adrien | 12 commentaires | aucun trackback|

"La prière, ça ne marche pas" / Au fil de la retraite

Merci à Bernard, qui m’a pris au mot : commentant le billet précédent, il a voulu « parler vrai » et mettre sur la table franchement des questions difficiles. Il doute en particulier de l’efficacité de la prière : Je demande d’être guéri et je ne le suis toujours pas. C’est vrai que ma prière est « si tu le veux, tu peux me guérir » Peut-être ne veut-il pas ? J’ai 63 ans et je n’ai jamais vu une prière qui soit exaucée. Après plusieurs d’entre vous, j’ajoute à mon tour quelques éléments sur cette question désarmante.

Il est légitime de prier pour demander une guérison. La maladie est un mal, même si de ce mal Dieu peut faire sortir un bien. Si cette maladie nous préoccupe – et comment en serait-il autrement dans le cas d’une maladie grave ? – ne pas en parler à Dieu dans sa prière serait lui mentir, et essayer de lui cacher nos véritables soucis. Au contraire, il faut les lui présenter, avec confiance. Prier, nous dit Jésus, sans se décourager. Et pourtant, dans cette prière même, il faut garder à l’esprit qu’une guérison miraculeuse n’est pas automatique ; elle est même rare. Pourquoi ?

Il faut d’abord écarter les réponses culpabilisantes ou magiques, du type : « C’est que tu n’as pas assez la foi », ou pire, « Ta prière n’est pas bonne, essaie plutôt de prier de telle façon ». Cette image d’un Dieu sensible à des formules, ou prêt à n’exaucer que des grands saints, quelle catastrophe !

Alors pourquoi ? Dieu ne voudrait pas mon bien ? Au contraire, Dieu veut le bien de chacun d’entre nous, et non seulement le bien, mais le meilleur : ce qu’il veut nous donner, c’est lui-même. Dans la prière, nous découvrons que Dieu peut nous donner davantage que la santé ou d’autres biens, et nous apprenons à l’aimer pour lui-même, non pour ce qu’il peut nous donner (même si ces biens sont, une fois encore, des biens réels et légitimes). Peu à peu nous cessons de désirer quelque chose du Seigneur, pour ne désirer que le Seigneur. Il se peut que la guérison soit pour nous une porte, peut-être pas. Mais dans ce chemin de la prière, il ne faut pas brûler les étapes : pour que Dieu transforme mon cœur, il faut que je lui présente mon cœur tel qu’il est, avec ses demandes les plus profondes et les plus vraies ; il se chargera, si c'est nécessaire, de purifier mes désirs.

Les plus curieux d’entre vous iront peut-être jeter un coup d’œil à cette confidence pudique de Paul sur sa propre prière, dans la 2è lettre aux Corinthiens (2Co 12,7-9). Personne n’accusera Paul de manquer de foi, mais cela ne l’empêchait pas de prier avec insistance pour sa guérison d’un mal mystérieux. Paul, d’ailleurs, s’y connaissait en guérisons miraculeuses ! Mais en réponse à son insistance, Dieu refuse, et indique à Paul comment de ce mal il peut faire naître un grand bien : « Ma grâce te suffit ; ma force se déploie dans ta faiblesse. »

| mercredi 27 février 2008 (22:11) | fr. Adrien | 35 commentaires | un trackback|

Parler vrai / Au fil de la retraite

Nouvelle semaine, nouveau prédicateur ; je suis heureux de découvrir avec vous le résultat du sérieux travail de préparation de mon compagnon d’études à Lille, le fr. Charles.

Je relève en particulier son appel, à la suite des psaumes, à « ne pas censurer notre prière » : trop souvent, nous n’osons servir à Dieu que des discours convenus, irréels peut-être par crainte de le choquer... Dieu n’attend pas dans notre prière que nous soyons des saints, mais que nous soyons nous-mêmes, pour qu’il puisse faire de nous des saints. Si je ne suis pas pleinement là quand je prie, si je ne me présente pas devant lui avec mes vraies peurs et mes vraies joies, avec ma haine et mes péchés, comment agira-t-il en moi, comment me transformera-t-il ? Si j’envoie prier à ma place une personnalité d’emprunt, un saint artificiel qui ne connaîtrait plus la colère ou la faiblesse, je comprends que Dieu s’ennuie avec « moi », et ma prière risque de me décevoir assez vite. Le « parler vrai », c’est d’abord pour la prière ! Mais c’est dans la prière qu’il est le plus difficile…

		

| dimanche 24 février 2008 (18:13) | fr. Adrien | 29 commentaires | aucun trackback|

Christianisme ou chrétienté ? / La ville dans la retraite...

On prête à Hegel ce mot : « La lecture du journal est la prière du matin de l'homme moderne »; personnellement, je lis plutôt le journal après la prière du matin, mais autant que possible j'essaie de continuer à prier en le lisant. Or ces temps-ci, certain malaise plane sur ma lecture, quand je vois l'actualité saturée de débats sur la laïcité. Débats dont l'écho arrive sur le blog : Aude, dans un commentaire récent, reprochait au fr. Philippe de considérer que « l'Eglise n'est ni un parti ni un lobby ».

« Nous ne devons pas en oublier pour cela notre rôle dans la société. Certains s'offusqueront des propos de notre président sur les religions ou la laicité, je pense au contraire que c'est une formidable opportunité pour rappeler nos racines et nos valeurs spirituelles certes, mais avant tout humaines. »

Deux réactions, qui n'engagent que moi, pour ouvrir le débat.

D'abord, je crois que le débat dans lequel on nous fait entrer est piégé, parce qu'il est évidemment aussi politicien. Il est d'ailleurs normal qu'un responsable politique cherche, par ses discours, le soutien de telle ou telle catégorie de la population ; mais c'est à moi de ne pas être dupe. Comme chrétien, je me fiche éperdument de savoir ce qu'un responsable politique dit penser de l'Eglise ou des chrétiens. Ce qui m'intéresse, c'est ce qui, dans son action, me paraît favoriser la justice et la paix, bref le Royaume de Dieu. A chacun d'en juger en conscience, sans que ce jugement soit brouillé par des considérations de chapelle (l'Eglise n'est pas le syndicat des chrétiens, encore moins du clergé!).

Mais il y a, à mon sens, plus grave que ce petit jeu, et c'est surtout à cela que je veux réagir. Je ne crois pas qu'il y ait des « valeurs » ni une « identité » chrétiennes que nous devions défendre ; notre trésor, c'est la foi au Christ mort et ressuscité. C'est lui que nous devons annoncer, et non les « valeurs » que, légitimement peut-être, on veut y attacher. Et si tout ce que j'associe au Christ (ma sensibilité politique, ma vision de la famille, mes goûts esthétiques, que sais-je?) empêchait un autre homme, qui ne serait pas d'accord avec moi sur ces détails, de rencontrer Dieu ? Comme frère prêcheur, j'avoue que c'est mon angoisse constante depuis les premiers jours ; et je m'efforce de ressembler à l'homme de la parabole qui vend tout ce qu'il possède pour acheter une seule perle fine (Mt 13,45). Le Christ, et le Christ seul, voilà ce que nous devons annoncer. Nous n'aurons pas de trop de ce carême, ni de toute notre vie, pour nous débarrasser de tout le superflu.

| jeudi 21 février 2008 (17:27) | fr. Adrien | 24 commentaires | aucun trackback|

Les uns pour les autres / Découvrir le site

Retraite dans la retraite : le couvent de Lille est ces jours-ci en « retraite conventuelle ». Notre communauté profite elle aussi du carême pour revenir à ce qui la fait vivre, pour se convertir à ce Dieu qui l'attend. Mais la Retraite dans la ville continue, et il a fallu rogner un peu de temps pour parvenir, dans la communauté qui nous accueille, à bidouiller une connexion Internet utilisable... Après quelques (longs...) essais, le fr. Marc-Antoine, responsable de la Retraite dans la ville, et moi-même disposons désormais de connexions à peu près stables. Ouf !

Je profite de ce climat de prière pour vous présenter une rubrique du site peut-être plus discrète que les autres (et pourtant souvent utilisée) : les intentions de prière. En parlant du peuple de Dieu, il y a dix jours, Claire C. avait immédiatement évoqué la « communion des saints » : une formule un peu mystérieuse, qui exprime la solidarité de tous les baptisés. Quand je fais le bien, c'est l'ensemble du Corps du Christ, du Peuple de Dieu (décidément...), qui en bénéficie. Et rien n'exprime mieux cette solidarité que notre capacité à prier les uns pour les autres : ma prière ne vaut pas « juste pour moi », elle peut servir à tous.

Des moniales dominicaines et d'autres maisons religieuses ont accepté d'accompagner la Retraite dans la ville en priant aux intentions laissées par les retraitants (ici). Cela ne veut pas dire qu'elles prient mieux que les autres, ni que les laïcs sont dispensés de prier ! Mais quand je confie à Dieu une épreuve, une difficulté, une joie, ce n'est pas moi seul qui le fais, mais c'est avec moi toute l'Eglise qui prie et peine. Or bien souvent, c'est dans ces moments-là qu'on oublie que l'on n'est pas seul...

| mardi 19 février 2008 (20:35) | fr. Adrien | 28 commentaires | aucun trackback|

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